De sa création au rêve américain

Héritière de l'opérette, de la revue de music-hall et du vaudeville, la comédie musicale est devenue un genre spécifiquement américain à travers le rôle principal qu'y joue la danse, le dynamisme que lui a apporté le cinéma, le professionnalisme des grands spectacles de Broadway ainsi que d'Hollywood, la célébrité de ses stars.

La comédie musicale: une création américaine 

Selon les historiens américains, la naissance de la comédie musicale théâtrale daterait de 1866 avec la version scénique de The Black Crook, adaptation mélodramatique du mythe de Faust, qui unissait à des ingrédients érotiques et à de nombreuses scènes fantastiques, des airs d'opéra et des ballets. 

L'apparition de la comédie musicale américaine est liée à un refus du « sérieux culturel » de l'Europe et de son goût en matière artistique. Elle met en place une esthétique de la séduction immédiate. Son objectif est, avant tout, d'étonner le spectateur par tous les moyens, comme sur une scène de cirque lors d'une fête foraine, et en même temps, dans la folie de la parade, le charme langoureux des crooners, les évolutions vertigineuses des danseurs. Le but étant de faire vivre au spectateur un instant d'exception et de bonheur intense.

Dès l'origine du cinéma, des spectacles de danses avaient été enregistré par le Kinetoscope d'Edison, par exemple Annabelle's Butterfly Dance en 1897. Cette tradition fut prolongée par le cinéma muet puisqu'en 1926, la danseuse Dorothy MacKail interprète The Dancer of Paris et Lady Be Good.

C'est en 1929 que le genre marque un tournant par l'apparition du cinéma parlant. Malgré tout, même si le célèbre "Chanteur de jazz" (1927), avec AL Jolson, est plutôt un mélodrame musical opposants des chants sacrés hébraïques aux airs entraînants de la communauté noire des années 1920, la danse y est trop peu présente ce qui est paradoxal; la chorégraphie étant une des bases de ce genre.

Au début des années 1930, la comédie musicale prend forme au cinéma et se développe au milieu des opérettes filmées (Monte Carlo, 1930 ; la Veuve joyeuse, 1934, d'Ernst Lubitsch, avec la chanteuse Jeanette MacDonald et Maurice Chevalier) et des grandes « revues filmées » (Fox Movietone Follies of 1929 ; Paramount on Parade, 1930 ; Big Broadcast, 1932). La part de l'intrigue ne doit jamais être décisive, c'est elle qui focalise l'attention du public en s'interrompant sur les numéros chantés et dansés. Ce sont ces chants et ces danses qui imposent leur rythme et donnent leur sens au film. Ce qui signifie que les histoires sur  lesquelles s'appui la comédie musicale n'innovent pas en termes de personnages ou de récit.

 

La comédie musicale ou le rêve américain

Historiquement, la barrière entre les différents éléments constitutifs du genre (chants, danses, numéros comiques) va en s'estompant. Les comédies des années 1950 présentent des ballets chantés, des parodies dansées, des numéros musicaux burlesques. Cette osmose originale fait de la comédie musicale un mode d'expression fondé sur le rêve, et donne la primauté à l'imaginaire. Le quotidien y est toujours doté d'une dimension mythique, féerique : c'est par exemple le village ensorcelé de Brigadoon, dans lequel Gene Kelly retrouve Cyd Charisse (V. Minnelli, 1954), le Paris imaginaire du peintre d'Un Américain à Paris, où Gene Kelly, toujours lui, est amoureux d'une jeune danseuse, Leslie Caron (V. Minnelli, 1950).

Les conflits sociaux, raciaux ou politiques n'existent plus et s'évanouissent dans les rêves de compensation : l'intrigue amoureuse de Pique-nique en pyjama (Stanley Donen, 1957) raconte une grève dans une usine de textile avec Doris Day en déléguée syndicale, mais tout se termine par une idylle et la résolution des conflits.

Du point de vue de la construction dramatique, la comédie musicale a fortement contribué à développer la discontinuité dans le cinéma américain, d'ordinaire plus linéaire. Cette discontinuité est tout autant spatiale que temporelle. Les personnages s'échappent aisément de la scène principale de l'action pour pénétrer dans des univers parallèles. Le protagoniste s'approprie l'espace qui est autour de lui et le prolonge imaginairement : en témoignent notamment les digressions oniriques d'Un Américain à Paris et les scènes de rêves de la jeune fille amoureuse qu'incarne Judy Garland dans le Pirate (1947).

Dans la comédie musicale de cette période, le temps de l'histoire est fragmenté selon la progression des dialogues, des chansons et des intermèdes dansés. Cette fragmentation est délibérée ; elle ne cherche pas à s'effacer, mais au contraire s'affiche comme fondement d'une atmosphère onirique, pour laquelle la vie mentale, avec ses délires, a le même statut de réalité que la vulgarité quotidienne.

Un peu de politique 

Si la comédie musicale est d'abord faite pour divertir en incarnant le " rêve américain " c'est à dire la possibilité pour n'importe quel immigrant de réussir en partant de rien et en s'appuyant seulement sur sa volonté et sur son talent , celle-ci se politisera à partir de 1960.

La comédie musicale, qui allie l'humour et la qualité d'interprétation, est la première à innover. Les protagonistes ne sont plus simplement des danseurs, ils deviennent des interprètes à part entière. A la qualité d'interprétation s'ajoute l'humour. Les chorégraphies se veulent, elles, créatives et fantasques.

De nos jours ...

Genre quasi enterré dans la production cinématographique américaine depuis les années 60-70, peu connu et reconnu sur les écrans français, la comédie musicale hollywoodienne reprend du poil de la bête avec le 21ème siècle. Après Tout le monde dit I love you en 1996, Moulin Rouge! en 2001, Chicago en 2003, et De-Lovely et Le Fantôme de l'Opéra en 2004, 2005 et 2006 comptent à elles deux, cinq films du genre. La dernière comédie musicale ayant connu un vif succès est Hight School Musical avec ses trois successions ( 2006 - 2010 )

 

 

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